Oscar Wilde : In Memoriam, le « De Profundis »

By André Gide

En décembre 1900, alors qu'il séjournait dans le sud algérien, à Biskra, André Gide apprit par les journaux los angeles mort d'Oscar Wilde. L'éloignement ne lui permettant pas de se joindre au cortège qui suivit los angeles dépouille du poète, il décida d'écrire aussitôt " ces pages d'affection, d'admiration et de respectueuse pitié ". Réunis pour los angeles première fois en 1946, ces deux courts textes d'André Gide sur Oscar Wilde (In memoriam et le " De profundis ") furent publiés respectivement en 1903 (In Prétextes) et en 1905.

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C’est en janvier 1895. Je voyageais ; une humeur chagrine m’y poussait, et plus en quête de solitude que de los angeles nouveauté des lieux. Le temps était affreux ; j’avais fui d’Alger vers Blidah ; j’allais laisser Blidah pour Biskra. Au second de quitter l’hôtel, par curiosité désœuvrée, je regardai le tableau noir où les noms des voyageurs sont inscrits. Qu’y vis-je ? — À côté de mon nom, le touchant, celui de Wilde… J’ai dit que j’avais soif de solitude : je pris l’éponge et j’effaçai mon nom. Avant d’avoir atteint los angeles gare, je n’étais plus bien sûr qu’un peu de lâcheté ne se fût pas caché dans cet acte ; aussitôt, revenant sur mes pas, je fis remonter ma valise, et récrivis mon nom sur le tableau. Depuis trois ans que je ne l’avais vu (car je ne puis compter pour un revoir, l’an d’avant, une courte rencontre à Florence), Wilde avait certainement changé. On sentait dans son regard moins de mollesse, quelque selected de rauque en son rire et de forcené dans sa joie. Il semblait à los angeles fois plus sûr de plaire et moins ambitieux d’y réussir ; il était enhardi, affermi, grandi. selected étrange, il ne parlait plus par apologues ; durant les quelques jours que je m’attardai près de lui, je ne pus arracher de lui le moindre conte. Je m’étonnai d’abord de le trouver en Algérie. — Oh ! me dit-il, c’est que maintenant je fuis l’œuvre d’art. Je ne veux plus adorer que le soleil… Avez-vous remarqué que le soleil déteste l. a. pensée ; il los angeles fait reculer toujours, et se réfugier dans l’ombre. Elle habitait d’abord l’Égypte ; le soleil a conquis l’Égypte. Elle a vécu longtemps en Grèce, le soleil a conquis l. a. Grèce ; puis l’Italie et puis l. a. France. À présent toute los angeles pensée se trouve repoussée jusqu’en Norvège et en Russie, là où ne vient jamais le soleil. Le soleil est jaloux de l’œuvre d’art. » Adorer le soleil, ah ! c’était adorer l. a. vie. L’adoration lyrique de Wilde devenait farouche et negative. Une fatalité le menait ; il ne pouvait pas et ne voulait pas s’y soustraire, Il semblait mettre tout son soin, sa vertu, à s’exagérer son destin et à s’exaspérer lui-même. Il allait au plaisir comme on marche au devoir. — Mon devoir à moi, disait-il, c’est de terriblement m’amuser. » Nietzsche m’étonna moins, plus tard, parce que j’avais entendu Wilde dire : — Pas le bonheur ! Surtout pas le bonheur. Le plaisir ! Il faut vouloir toujours le plus tragique… Il marchait dans les rues d’Alger précédé, escorté, suivi d’une extraordinaire bande de maraudeurs ; il conversait avec chacun ; il les regardait tous avec joie et leur jetait son argent au hasard. — J’espère, me disait-il, avoir bien démoralisé cette ville. Je songeais au mot de Flaubert qui, lorsqu’on lui demandait quelle sorte de gloire il ambitionnait le plus, répondait : — Celle de démoralisateur. Je restais devant tout cela plein d’étonnement, d’admiration et de crainte. Je savais sa scenario ébranlée, les hostilités, les attaques et quelle sombre inquiétude il cachait sous sa joie hardie1. Il parlait de rentrer à Londres ; le marquis de Q… l’insultait, l’appelait, l’accusait de fuir.

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